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Tout part d’une question de psychologie. D’une inclination toute humaine et singulièrement camerounaise, depuis que les crises économiques successives ont ébranlé les certitudes de milliers de paisibles citoyens. Gagner sa vie, ou plutôt la changer sans effort est devenu l’aspiration suprême de bien des habitants de ce pays. Traumatisés par les difficultés financières, ils sont des proies faciles. Trop faciles. L’industrie des jeux de hasard s’est appuyée sur le principe, arrivant toujours comme le justicier, au moment où les gens essaient de serrer la ceinture pour joindre les deux bouts.
Il suffit qu’on parle de crise, pour qu’une « solution » vienne du côté des jeux de chance. Ces derniers mois, au moins deux nouveaux opérateurs du secteur sont apparus sur la scène. Qui comme les autres donnent une occasion de devenir millionnaire, après avoir dépensé moins de 500 F. Le rêve, quoi. La publicité accompagne évidemment bien le produit et l’appât semble fonctionner. Les nouvelles loteries ont leurs nouveaux adeptes, qui prennent régulièrement rendez-vous dans l’un des nombreux kiosques à billets installés en ville.
En réalité, ces nouvelles loteries qui ont pignon sur rue ne sont que deux de plus. Des jeux supplémentaires dans la panoplie déjà existante. En fait, les joueurs ont presque l’embarras du choix. Entre la discrétion et la froideur des machines à sous dans les casinos ; la convivialité des clubs de turfistes autour des combinaisons de chevaux avant la grande course du week-end ; le suspense d’une carte de loterie ; ou l’excitation d’un pari sportif. Pour les affiliés de ces différentes options, l’enthousiasme est le même. Maladif. Mais comme souvent, peu de joueurs vous diront qu’ils ont gagné quelque chose de significatif. Ce n’est pas grave. Et puis, ces pièces de monnaie, c’est du menu fretin qu’on dépense sans souffrir. Sans réaliser qu’on finit par développer une accoutumance.
Mais n’allez pas tenir ce langage aux joueurs invétérés. Les jeux de hasard pour certains, c’est bien au-delà de la perspective de gagner des millions de F. C’est un sport, une passion, une drogue. Même si tous aspirent à s’enrichir par un coup de baguette magique, la plupart des habitués auront du mal à rompre avec la pratique le jour où l’objectif est atteint. Un peu comme par « reconnaissance », ils réinvestissent tout ou partie de leurs gains. Apparemment pour augmenter leur profit. Mais en réalité parce qu’ils ne peuvent plus se passer de ça. Les conséquences d’une telle dépendance ne sont pas toujours bénéfiques. Comme avec le tabagisme passif, il est arrivé plusieurs fois que des pères de famille accros aux jeux y plongent toutes les économies du ménage en pensant bien faire.
Tout ça pour dire que généralement les opérateurs du secteur sont des entreprises plutôt prospères. Même si l’on note que les loteries restent par expérience les plus éphémères, il reste que le filon est porteur. Autant les investisseurs réalisent souvent leurs rêves, autant leurs clients se contentent presque toujours d’entretenir les leurs. Juste les entretenir, en pensant se débarrasser « utilement » de quelques pièces d’argent. Le problème, c’est que ça peut durer des années. Des dizaines d’années, même. Demandez-leur combien ils ont déjà gagné. 25.000 F par-ci, 60.000 F par-là. Pas plus. N’essayez pas de les décourager. C’est peine perdue. Pour les joueurs, la conviction est omniprésente. Un jour viendra. Avec son jackpot. Tant qu’il y a la vie, il y a espoir…
Cameroon Tribune : Yves ATANGA
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